Ker Than pour National Geographic News
La crème de protection solaire que vous vous étalée conscienceusement
avant le bain sur la plage protège vraisemblablement votre corps mais une
nouvelle étude constate que ces produits chimiques tuent également
les récifs de coraux dans le monde entier.
Quatre ingrédients généralement trouvés dans les crèmes de protection solaire peuvent réveiller les virus dormants dans les algues symbiotiques appelées les zooxanthelles qui vivent à l'intérieur des espèces de corail contructeur de récif. Les produits chimiques font repliquer les virus jusqu'à ce que leurs algues-hôtes éclatent, déversant des virus dans l'eau de mer environnante, où ils peuvent infecter des communautés de corail voisines.
Les zooxanthelles fournissent au corail l'énergie nourricière grâce à la
photosynthèse et contribuent à la couleur caractéristique de ces
organismes. Sans elles, le corail blanchit et meurt. "Les algues qui vivent dans le tissu de corail et alimentent ces
animaux éclatent ou sont juste libérées par le tissu, laissant à nu le
squelette du corail," rapporte le chercheur principal Roberto Danovaro
de l'université polytechnique de Marche en Italie.
Les chercheurs estiment que 4.000 à 6.000 tonnes de résidus
de protection solaire proviennent annuellement des nageurs dans les océans du
monde entier, et que jusqu'à 10 % des récifs de coraux sont menacés
de blanchiment par les protections solaires.
L'étude a été publiée en ligne dans le journal Environmental Health Perspectives.
Des virus activés
Danovaro et son équipe ont étudié les effets de l'exposition aux crèmes solaires d'échantillons de corail provenant des récifs dans les océans Pacifiques, Atlantiques, et Indiens. Même des niveaux très faibles de crème, bien en dessous de la quantité typique utilisée par les nageurs, pourraient activer les virus des algues et blanchir complètement le corail en juste quatre jours, d'après les résultats publiés. L'eau de mer baignant le corail et exposée aux crèmes solaires contient jusqu'à 15 fois plus de virus que les échantillons non exposés.
Plusieurs marques des protections solaires courantes ont été examinées et toutes avaient quatre ingrédients en commun : du parabène, du cinnamate, du benzophénone, et un dérivé du camphre.
La dose dangereuse
Robert van Woesik, un spécialiste du corail à l'institut de technologie de Floride, n'a pas été impliqué dans cette recherche. Il doute que les conditions dans l'étude reflètent exactement celles trouvées dans la nature.
Par exemple, les échantillons de corail ont été
exposés à la crème
solaire alors qu'ils étaient contenus dans des sachets en plastique
pour éviter de
souiller les récifs. Mais van Woesik se demande si ce protocole
n'empêche pas la dilution des produits chimiques par une circulation
normale de l'eau. "Dans des situations normales sur un récif, les coraux ne
seraient pas soumis à des concentrations aussi élevées en raison de la
dilution rapide," affirme van Woesik.
Mais selon Danovaro, l'auteur de l'étude, l'effet ne dépend pas de la
dose, une exposition à une faible dose étant aussi dangereuse qu'une
forte exposition. "C'est plus un phénomène tout ou
rien", affirme-t-il. "Une fois
l'épidémie virale commencée, ce n'est pas un
problème de toxicité."
Une tendance alarmante
Rebecca Vega Thurber, une spécialiste des coraux et des virus marins à l'université de l'Etat de San Diego en Californie, a indiqué que ces nouveaux résultats constituent une nouvelle preuve d'une tendance alarmante.
"D'autres facteurs humains tels que la pollution côtière, les pêches excessives, et la sédimentation contribuent tous à la dégradation de l'habitat des récifs de corail, et ce travail confirme cette direction," affirme Vega Thurber, qui n'a pas été également impliqués dans la recherche. "Mais avant que nous interdisions les protections solaires, nous devons d'abord déterminer si des concentrations ambiantes locales des protections solaires sont significativement corrélées avec des événements de blanchiment de corail."
Danovaro indique qu'interdire les crèmes solaires ne sera pas
nécessaire, et précise deux actions simples que les
nageurs peuvent faire pour réduire leur impact sur le corail : Employer les
protections solaires avec des filtres physiques, qui reflètent plutôt
qu'absorbent le rayonnement ultraviolet ; et employer des protections solaires
chimiques respectueuses de l'environnement.
Les chercheurs australiens travaillent également pour développer une protection solaire basée sur un composé absorbant les utraviolets présent dans le corail.